La règle de l’amour

Lc 6, 27 38
février 20, 2022

« Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.

A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.

Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.

Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.

Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

Soyez généreux comme votre Père est généreux. Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés.

Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. »

Commentaire

Le texte est difficile, si ce n’est à entendre, en tout cas à mettre en pratique. C’est la règle qui définit l’originalité de la foi chrétienne, c’est la règle du don, la loi de l’amour avec un grand A.

Pour simplifier, la philosophie grecque distingue deux types d’amour : Eros, un amour en quête de réponse pour créer une relation, fût-elle éphémère, et Agapè, un amour sans attente de réciprocité. La foi chrétienne nous appelle à pratiquer (aussi si j’ose dire), le deuxième type.

Il y a deux cultures principales qui s’affrontent parfois au temps de Jésus : la culture grecque des païens, et la culture juive. Et s’il y a un point sur lequel elles se rejoignent, c’est sur la règle d’Or : « ce que vous ne voulez pas que les autres vous fassent, ne le faites pas aux autres ». On trouve cette règle dans le livre de Tobie, et chez les Grecs, Diogène applique la même phrase à Thales (en -700). C’est une loi associée à la règle du Talion (œil pour œil, dent pour dent).

La loi de l’amour est « aimez », suivi de « faites du bien, dîtes du bien, priez pour ». En réponse aux verbes haïr, maudire et injurier. C’est plus qu’une règle d’Or positivée du genre « ce que vous voulez que les autres vous fassent, faîtes-le ». C’est ouvertement l’abandon de la règle de réciprocité sur laquelle est basée toute société. C’est une rupture avec toute réciprocité calculatrice.

Il existe dans l’antiquité, qu’elle soit grecque ou juive, de nombreux exemples de magnanimité. Mais de là à ce que celle-ci devienne règle ! Imaginons un instant ce que donnerait son application radicale : il en serait fini des banquiers et autres militaires, quant aux avocats et aux juges…

Donc bien entendu St. Augustin et les Protestants ont essayé de trouver une solution, en laissant entendre que la règle de l’amour serait pour la vie privée et la règle d’Or pour la vie en société. Plus tard Paul Ricoeur aurait expliqué que les deux lois seraient en fait tout-à-fait compatibles.

Et puis pour être sûr qu’on ait bien compris, les deux derniers paragraphes en rajoutent encore : Ne jugez pas ! (cad ne condamnez pas). Et cette explication qui vient enfin : ce que vous aurez donné, Dieu vous le rendra en plus grande mesure encore (avec cette image magnifique de la personne qui porte son grain dans le pli de son manteau).

Il y a comme cela certaines pages d’évangiles qu’on préférerait oublier au plus vite.

Hillel le sage ou l’ancien, était un grand rabbin né en -60, spécialiste des textes juifs. A un élève qui lui aurait dit en se tenant sur une seule jambe « Maître, il faudrait que vous puissiez me raconter la Torah assez vite pour que je ne tombe pas, et alors je croirai », Hillel aurait répondu par la règle d’Or en ajoutant : « c’est là le résumé de toute la Torah. Va et étudie ! »

Certes !

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