Un évangile chargé de double-sens. On insiste bien sur l’origine païenne et étrangère de cette femme qui vient supplier pour sa fille. On comprend vite que la réputation de Jésus a largement dépassé les frontières de la Galilée. On en déduit assez vite que Jésus soigne toutes les personnes qui le lui en font la demande, indépendamment de son origine.
En fait la question n’est pas là : la question est que Marc est un chrétien d’origine païenne qui s’adresse à une communauté d’origine païenne mais qui doit comprendre ces histoires de lois juives modifiées ou adaptées par Jésus. Car on voit bien dans les paragraphes précédents que Jésus, juif, explique comment on doit comprendre la loi à des juifs, et que cela s’applique aussi aux non-juifs.
Donc la mère de l’enfant vient de très loin en étant païenne parce qu’elle fait confiance à Jésus, à son enseignement et (bien-sûr) à son efficacité. Et Jésus, par ce commentaire sur les enfants qui doivent manger, insiste bien sur le fait que son message est d’abord pour les juifs (il est en effet venu pour modifier le comportement des juifs), même si ensuite il peut aussi bénéficier aux païens. Et c’est là que la dame, une fois de plus une femme et une étrangère à qui l’on donne un rôle important, conteste à Jésus son interprétation. Il faut bien comprendre la force du point qu’elle soulève : elle lui dit NON. Elle discute, elle insiste et elle explique. Elle dit NON je ne suis pas d’accord, ce n’est pas "après" que les chiens mangent les miettes, c’est "en même temps".
Et contre le bon sens, il n’y a rien à faire. La petite fille est guérie. Une belle scène de vie rurale…