Encore une histoire de l’enfance de Jésus, par définition assez peu réaliste. Mais souvenons-nous de la volonté permanente de Matthieu de vouloir exprimer Jésus comme accomplissant les dires de l’Ancien Testament. Les mages viennent de partir et va commencer une vie de Jésus itinérant dès son enfance entre l’Egypte et Israël, au milieu de son peuple ce qui nous rappelle singulièrement l’Exode. La verset « D’Egypte j’ai appelé mon fils » est piqué au livre de Osée en 11.1
Nous avons ensuite l’histoire (peu probable même si Hérode en était tout-à-fait capable) du massacre des innocents, qui nous permet d’introduire la figure de Rachel. Rachel est considérée comme la mère des Israelites du Nord qui pleure ses fils exilés et qui est si triste qu’elle ne veut pas être consolée (Jr 31,15). On retrouve la même histoire dans la Genèse avec son mari Jacob (Gn 37,35) qui lui aussi refuse d’être consolé pour la mort de son fils. Rachel qui était stérile a eu son premier fils Joseph (Gn 30,24) de façon un peu inespérée (déjà), et du coup elle demanda au Seigneur de lui en donner un deuxième : elle mourra en donnant naissance à Benjamin. De même Marie, autre figure qui pleure au pied de la croix (Stabat Mater) recevra Jean comme un deuxième fils. Si on ajoute que le tombeau de Rachel est à Bethléem et que Rama est l’endroit où se retrouvaient les juifs pour leur départ en exil, On obtient un décor bien planté : Jésus est bien inscrit dans la suite logique des textes de l’Ancien Testament, au beau milieu de l’histoire du peuple juif.
Matthieu nous fait naître Jésus dans un monde cruel où les mères endeuillées sont inconsolables et où des familles entières sont obligées de fuir des dictateurs imbéciles et aveuglés, en passant de pays en pays et en se faufilant au travers des frontières…pour nous, un parfum de déjà-vu peut-être ?