Le Notre-Père de Matthieu

Mt 6, 7-15
mars 8, 2022

Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

« Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux, fais connaître à tous qui tu es, fais venir ton Règne, fais se réaliser ta volonté sur la terre à l’image du ciel. Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin, pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous, et ne nous conduis pas dans la tentation, mais délivre-nous du Tentateur.

« En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes.

Commentaire

Et voilà la prière du Notre Père ! Une prière constituée par Jésus à partir de plusieurs bribes de prières traditionnelles juives (la Berakah, la Tefillah, cad les 18 bénédictions, …). Matthieu a choisi 7 prières, Luc ne retiendra que 5…

L’appellation Notre Père existe aussi dans certaines prières juives, même si elle est normalement contrebalancée par l’appellation « Notre Roi ». En revanche, il manque une bénédiction finale pour qu’elle soit une prière juive parfaite, car la tradition ne peut terminer une prière ni sur une demande, ni sur le nom de Satan ; c’est pourquoi l’église ancienne a rajoutée ensuite « car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire, pour les siècles des siècles. Il convient de bien s’imprégner de cette origine de la tradition juive pour comprendre ce qu’il y a derrière les mots que parfois, il faut bien reconnaître mon cher Matthieu, nous rabâchons comme des païens.

Notre Père : Jésus en fait a choisi le mot Abba qui veut plutôt dire « petit papa », une version assez éloignée du concept juif du « Notre Père Notre Roi ». Jésus insiste sur une relation naturelle entre père et fils, relation dont l’Ancien Testament parlait bien dès le Deutéronome (14,1) et en Jérémie (3,20) « tu m’appelleras mon père, et tu ne t’éloigneras plus de moi ». Il implique de nous une posture d’enfant qui implique à l’époque, respect et obéissance... Le « notre » implique un père commun, une fratrie comme Jésus aurait aimé que soit notre communauté.

Qui es aux cieux : Pas de géolocalisation ici, juste une accroche sur le concept « ciel et terre », cad l’univers. Les cieux comme appellation du Royaume de Dieu où tout fonctionne déjà selon sa loi, et l’envie que cela se passe aussi sur terre, comme on le verra à la prochaine strophe.

Fais connaître à tous qui tu es : c’est-à-dire fais-toi reconnaître comme Dieu, que ton nom soit sanctifié. La sanctification du nom de Dieu est une expression commune dans la bible. Pour les rabbins, on peut sanctifier Dieu en respectant la Loi ; pour les prophètes, Dieu se sanctifie lui-même en se manifestant comme seul juge. Il indique que l’on reconnaît la nature divine dans le nom de Dieu, et donc son caractère sacré, qu’on ne peut abîmer. Dans cette prière, on demande à Dieu d’apparaître enfin dans sa gloire et dans sa puissance…

Fais venir ton Règne : après le passage temporaire de Jésus, on demande une arrivée définitive et reconnue de Dieu sur terre.

Que ta volonté soit faite sur la terre à l’image du ciel : Il est important d’insister sur le pronom personnel TA, c’est de la volonté de Dieu dont on parle, pas de la nôtre, ni de nos désirs, ni de nos envies. On considère dans la tradition juive que seule la volonté de Dieu peut permettre la réalisation de ces 3 premiers souhaits, et que cela se passera bien si l’homme est demandeur.

Donnes-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin : Il y a ici une petite discussion sur la traduction du aujourd’hui, qui pourrait être aussi demain et qui est devenu quotidien. L’idée est de maintenir la notion de la manne de l’Ancien Testament, Dieu continuera a pourvoir son peuple du minimum qu’il lui faut pour manger. Attention, il ne s’agit que d’un bien de première nécessité, le minimum pour survivre, on ne parle pas ici des résultats aux examens ni du cadeau de Noël.

Pardonne-nous nos torts envers toi : bibliquement l’homme est devant Dieu un débiteur insolvable, le pécheur par définition. Il implore le pardon.

Comme nous-mêmes avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous : Attention, ce n’est pas du donnant-donnant. Dieu seul peut pardonner les péchés, ceux-ci étant les fautes que commettent les hommes envers Dieu. Les péchés s’inscrivent uniquement entre les hommes et Dieu. Entre frères, il ne s’agit pas de péchés mais de torts, on parlait au temps de Jésus de dettes. Le pardon fraternel atteste de la sincérité de notre demande de pardon à Dieu.

Ne nous conduis pas dans la tentation : Il y avait bien entendu un problème de traduction que l’église vient de corriger en France par la nouvelle formule « ne nous laisse pas entrer en tentation » Dieu n’est pas tentateur, mais il peut nous aider à résister à la tentation du diable.

Mais délivre-nous du tentateur : Le mal, le tentateur, Satan.

Un modèle assez simple, la prière pratiquée par Jésus lui-même « si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, alors que ta volonté soit faite ». C’est une prière qui exprime la fragilité de l’homme dans le monde et son besoin de Dieu. Une prière qui bien entendu permet aux chrétiens du monde entier de se retrouver, que ce soit dans les assemblées, dans le fond de sa maison (Mt 6,6) ou dans le silence de la nuit (Lc 6,12)

Encore une fois, attention au texte : ce n’est pas « que notre volonté soit faite » !

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